
L'approche écosystémique de la planification durable des océans aux Fidji
Plan Océan Durable
Le Plan océanique durable des Fidji, connu sous le nom de Politique océanique nationale (NOP), définit l'engagement des Fidji à gérer durablement 100% de zone océanique sous juridiction nationale et sa désignation de 30% d'aires marines protégées d'ici 2030.
En tant que petit État insulaire en développement et grande nation océanique, la zone économique exclusive (ZEE) des Fidji est plus de sept fois plus vaste que sa superficie terrestre. La majeure partie de leur ZEE abrite une biodiversité abondante et des zones de concentration de poissons, essentielles au soutien des économies côtières locales et des pêcheries nationales et internationales. La gestion de ces ressources naturelles avec les acteurs locaux constitue un défi.
Les Fidji ont appliqué une approche écosystémique pour garantir que le NOP prenne en compte la santé des océans, la productivité et la résilience des écosystèmes océaniques ainsi que les interactions avec les populations.Un élément essentiel de cette approche consiste à utiliser la planification spatiale marine pour identifier la compatibilité des activités humaines avec les objectifs de conservation et de gestion durable.
L'un des points forts du NOP fidjien réside dans l'importance accordée à la collaboration par l'intermédiaire d'un comité de pilotage, créé pour guider la mise en œuvre du plan. Ce comité garantit que le gouvernement fidjien comprend clairement les besoins de ses différentes parties prenantes et les associe pleinement au processus de préservation de l'environnement et de promotion d'une économie océanique durable.
La collaboration est particulièrement importante compte tenu de la taille de la ZEE, qui exerce une pression sur les ressources humaines limitées et le financement disponible aux Fidji pour surveiller et contrôler la zone.

Défis
La mise en œuvre de l’approche écosystémique des Fidji pour gérer durablement l’océan s’est heurtée à une série de défis.
Problème: Conflits avec les parties prenantes. Un problème majeur découle des conflits avec les parties prenantes, notamment concernant la conception des aires marines protégées (AMP). Un objectif crucial est de faire de « 30% de la ZEE une aire marine protégée d'ici 2030 ». Cependant, le chevauchement entre les aires protégées et les points chauds marins peut engendrer des tensions avec l'industrie de la pêche en raison d'un accès limité. Il existe deux solutions principales à ce problème :
Adopter une méthodologie axée sur la science : Pour résoudre ce conflit complexe, le gouvernement fidjien a adopté une stratégie de conception des AMP fondée sur des données scientifiques et factuelles. Cette stratégie garantit une sélection précise des zones à protéger tout en identifiant les zones sous-exploitées présentant un potentiel de pêche.
Une approche échelonnée : Le MSP est également mis en place selon une approche échelonnée, avec des objectifs progressifs de 51 aires protégées TP3T d'ici 2024, 101 TP3T d'ici 2025, 151 TP3T d'ici 2028 et le total final de 51 TP3T d'ici 2030. Cela garantit aux parties prenantes que la désignation d'AMP peut coexister avec une perturbation minimale de leurs activités. Cela démontre que les aires protégées n'impliquent pas une interdiction totale ; au contraire, certaines activités, comme les voies de navigation et les activités plus légères telles que la pêche sportive ou commerciale, soumises à des quotas sous-réglementés, peuvent persister pour garantir la durabilité.

Avantages attendus
Quelles étaient les parties prenantes impliquées et comment ont-elles été engagées ?
L'industrie de la pêche, en tant que principale partie prenante, joue un rôle important dans la création et la mise en œuvre du NOP des Fidji. Cependant, la mobilisation d'autres groupes d'acteurs a été essentielle pour intégrer pleinement et efficacement le SOP et renforcer son potentiel de promotion d'une conservation océanique globale et durable. Ces actions comprennent :
ONG locales et internationales : La collaboration entre le gouvernement fidjien et des ONG telles que l'Union internationale pour la conservation de la nature et la Wildlife Conservation Society (WCS) s'est avérée déterminante. Ces organisations ont contribué à identifier des zones marines ou des paysages marins spécifiques au sein de la ZEE fidjienne nécessitant une protection. Elles ont également fourni des recherches scientifiques pour appuyer les stratégies de préservation et les mesures de protection nécessaires.
Experts locaux : Le NOP des Fidji met particulièrement l'accent sur l'exploitation et le développement de l'expertise locale. Cette approche s'appuie sur les connaissances de spécialistes locaux possédant une connaissance approfondie des écosystèmes fidjiens, en complément des contributions de chercheurs externes.
Secteur privé: Bien que la participation du secteur privé reste limitée, le gouvernement recherche activement des pistes de collaboration. Un défi majeur réside dans la divergence entre les motivations du secteur privé, axées sur le profit, et les objectifs de durabilité du NOP. Pour combler ce fossé, il est nécessaire de trouver un terrain d'entente, impliquant potentiellement des investissements dans les technologies océaniques renouvelables.
L'approche écosystémique des Fidji a apporté une multitude d'avantages dans le développement de son NOP, notamment :
Amélioration de la communication, de la coordination et de l’intégration : La communication a été facilitée par le Comité directeur de la politique océanique nationale. Cela a permis d'assurer une représentation plus complète des différents ministères et parties prenantes, de canaliser efficacement les efforts, d'éviter les doublons et d'identifier les opportunités de progrès. L'intégration du ministère de la Femme et de la Jeunesse a notamment été essentielle pour combler une lacune critique dans la procédure opérationnelle standard des Fidji, notamment l'absence de dimension d'égalité des sexes et d'inclusion sociale. Le Comité a collaboré activement avec l'USAID pour contribuer à l'intégration d'une politique d'égalité des sexes dans la procédure opérationnelle standard, ce qui a été réalisé avec succès en deux mois.
Financement : L’accès au financement climatique pour le lien entre océan et climat s’améliore également grâce au processus clair et robuste des approches écosystémiques et aux résultats du NOP.
Défis
Les Fidji ont été confrontées à une série de défis lors de l’élaboration de leur NOP, et les solutions élaborées offrent des informations précieuses pour d’autres pays confrontés à des problèmes similaires.
Défi: consultations intégratives. Un obstacle majeur a été de garantir que les consultations soient exhaustives et incluent tous les Fidjiens concernés. La situation a été encore compliquée par l'immensité de l'océan et la diversité des acteurs concernés par les enjeux marins. La difficulté inhérente à atteindre toutes les communautés a nécessité des mesures innovantes.
Solution: SWG et stratégies de médias sociaux. Les Fidji ont mis en place des groupes de travail sectoriels (GTS) regroupant sept secteurs distincts, dont les propriétaires fonciers, les chefs d'entreprise, des ONG comme le WWF, la BAD, la Banque mondiale et la Banque de développement des Fidji. Ces groupes ont offert une tribune aux diverses voix de la population fidjienne et ont diffusé des informations cruciales au sein des communautés. Afin d'optimiser la mobilisation, les Fidji ont également organisé des consultations sur les réseaux sociaux, recueillant les contributions et les retours des communautés en ligne. Cette approche multidimensionnelle a favorisé un large soutien à la politique, même si la transition entre la formulation de la politique et son approbation est restée complexe.
Conseils pour les autres pays
Les pays devraient s’efforcer de mettre en œuvre une approche écosystémique qui soit pratique et réalisable, en fonction de leur propre situation nationale.Par exemple, la planification spatiale marine peut être efficace pour tout pays côtier, à condition d'être financée par un partenaire en développement, comme dans le cas des Fidji, par l'Institut Waitt. L'essentiel est de commencer à mettre en œuvre des politiques et des solutions océaniques, quelle que soit leur ampleur, et d'obtenir l'adhésion des gouvernements.